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Vive le débat !
par René Ladouceur

Cette année, avec les galettes, les cartes de vœux, le calendrier des postes et, bien sûr, le carnaval, nous arrive une rencontre-débat des plus inédites, initiée par Forum Ka Fèt : Les médias peuvent-ils nous dire toute la vérité ? Ne nous plaignons pas. La situation de la presse en Guyane demeure préoccupante. Et c’est un euphémisme. En novembre dernier, une de mes étudiantes au CNAM, où j’enseigne la communication, m’a demandé en quoi consiste l’indépendance d’un journaliste, et particulièrement d’un éditorialiste. Après moult interrogations, je lui ai répondu que cela consiste sans doute à accéder à une vraie liberté d’esprit, et que rien n’est plus difficile, d’autant que la liberté d’esprit revient très souvent à lutter sur plusieurs fronts à la fois, ou successivement, sans se soucier du jugement des lecteurs qu’on aura séduits ou choqués par un article précédent. J’ajoute aujourd’hui, après mûre réflexion, que ce sens de l’analyse que permet le respect de la complexité, c’est la première qualité d’un journaliste, dût-il, pour cela, devenir hérétique et à contre-courant d’une partie de ses lecteurs. Oui, risquer de perdre ses lecteurs et pourtant assumer ses positions, c’est cela la liberté d’esprit. Pour le dire autrement, un journaliste indépendant est celui qui ne cherche pas à plaire à tout le monde. On n’a pas encore trouvé, que je sache, meilleure arme contre le politiquement correct. Encore faudrait-il que nous ayons les moyens de travailler dans de bonnes conditions, rétorquent mes confrères. Ce n’est pas tout à fait faux. Les rédactions, soumises à des exigences croissantes de rentabilité, travaillent de plus en plus en flux tendus. Combien d'entre elles peuvent aujourd'hui laisser un journaliste enquêter plusieurs semaines sans garantie de résultat ? Pour la plupart, le temps d'enquête se compte plutôt en heures. Le temps de faire un micro-trottoir, de passer trois coups de fil et de poser quatre questions à un pseudo expert. Car le manque de moyens est souvent l'alibi de la paresse. Les journalistes ont plus d'exigence morale, plus de compétence et de savoir aujourd'hui mais, par frilosité, absence de pugnacité et d'esprit critique, ils n’en font pas le meilleur usage. Comme si, formatés pour devenir des techniciens dociles, ils avaient de moins en moins la volonté d'aller dans les arrière-cuisines chercher l'info là où ça pue, de nager à contre-courant, de résister aux pressions de l'establishment, d’affronter la jalousie, l'incompréhension des collègues, l'embarras des chefs ou parfois leur censure. Dans l’affaire des démolitions de constructions illégales à Matoury, les journalistes, victimes de l’incendie de leurs véhicules, ont répliqué, comme pour se dédouaner, qu’ils ne sont que des témoins. Pas des observateurs mais des témoins. Contre ce terrible aveu, quelques-uns résistent, d'autres décrochent, les plus audacieux, comme Frédéric Farine, sont purement et simplement débarqués. La presse guyanaise a horreur de l'investigation. Comme l’analyse n’est pas non plus son fort, elle ne risque pas de devenir une presse d’opinion. C’est bien là le problème. La Guyane, comme toutes les autres régions d’Europe, fait partie d’une démocratie d’opinion. C’est quoi une démocratie d’opinion ? C’est un pays dont l’opinion est faite singulièrement par la presse, qui, à ce titre, passe son temps à relater le fait, bien sûr, mais surtout à l’expliquer, le décortiquer, l’analyser, le mettre à la portée du grand public. Le drame en Guyane, c’est qu’en relatant le fait la presse a le sentiment de remplir complètement sa mission.

René Ladouceur
rene.ladouceur@wanadoo.fr

Janvier 2006

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