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Le sous-développement durable pour le peuple amérindien
par l’Association Solidarité Guyane

Depuis 8 ans, Solidarité Guyane intervient auprès des populations dites du fleuve et la régularité (tous les 6 mois) de ses opérations (entre beaucoup d’autres : la livraison de 400 kg de livres dans les écoles ainsi que des ordinateurs, la réalisation de la plaquette Euro en 5 langues - amérindiennes et bushi-nengué) a permis de tisser des relations privilégiées avec les habitants du Haut-Maroni.

Lors de la dernière intervention de Solidarité Guyane dans le Haut-Maroni en octobre 2003, un des principaux objets de son séjour visait à pallier les déficiences visuelles de nombreux habitants du Haut-Maroni. Elle a ainsi fourni des lunettes de vue aux personnes qui en nécessitaient (en partenariat avec Optique Carrefour), tant côté Guyane que côté Surinam et essentiellement à celles dont la pratique de l’artisanat où les travaux manuels de précision (couture) étaient rendus très difficiles par leur handicap visuel.

 

Solidarité Guyane dresse un bilan sans complaisance de ses constats :

 
Le sous-développement durable pour le peuple amérindien

SANTÉ

Tuberculose :
Le lancement d’une campagne de dépistage systématique (faisant suite au constat d’une recrudescence de cas de tuberculose) a eu lieu dans les villages amérindiens du Haut-Maroni  début octobre. Ainsi, à la demande des autorités sanitaires, tous les villageois ont été ‘consignés’ dans les villages le jour du passage de la pirogue de l’équipe médicale puis 3 jours plus tard pour l’analyse du résultat du test tuberculinique.  Les précédents décès d’enfants amérindiens de la coqueluche suite à des négligences des services médicaux du Département ont sans doute pesé sur la mise en œuvre de cette campagne.

Paludisme :
Il touche toute la population amérindienne (et bushi-nengué), enfants et adultes. La récurrence de ses manifestations est un des principaux responsables de l’affaiblissement de leur santé. Il est favorisé par la multiplication des bassins de décantation des orpailleurs. La répétition des traitements curatifs (le préventif n’étant pas possible) n’est pas sans conséquence sur l’organisme.  

Mercure :
L’intensification de l’orpaillage dans les zones de survivance a fait disparaître le gibier et oblige les amérindiens à consommer essentiellement du poisson, lequel est le principal vecteur de l’empoisonnement au mercure des populations. Pour l’anecdote, lors du séjour d’enfants amérindiens en métropole (organisé en 2001 par Solidarité Guyane) nous les avions fait bénéficier, à leur arrivée, d’examens médicaux complets, révélant un état de santé déficient (forte anémie, retard de croissance, …) imputable aux multiples carences alimentaires et à la permanence de problèmes intestinaux. A cela est associé  la consommation d’une eau polluée et dont la turbidité est imputable à l’orpaillage (plusieurs villages n’ont que l’eau du fleuve à boire, les pompes étant en panne depuis plusieurs mois sans espoir de réparation à court terme).

SCOLARITE

Sans reprendre le catalogue de problèmes propres à la plupart des écoles en Guyane, il est à souligner quelques particularités mettant en évidence que tous les petits français ne sont pas égaux dans notre vieille République.

Entretien des classes :
Faute de moyens financiers, les classes sont entretenues par les enfants eux-mêmes, lesquels ont moins de 12 ans.

Fournitures scolaires :
Elles sont en quantité très insuffisantes et souvent inappropriées (exemple pour une classe : fourniture de 500 enveloppes ???).

Accueil collège :
Au-delà du primaire la scolarisation au collège des enfants amérindiens issus des villages du Haut-Maroni pose de graves problèmes d’hébergement. Les familles d’accueil sont très insuffisantes à Maripasoula et ne présentent pas toutes les garanties de sécurité et de satisfaction des besoins alimentaires. Il a été constaté, dans certaines familles, l’utilisation des enfants pour les travaux ménagers, des sévices corporels (voire sexuels), à tel point que beaucoup de familles amérindiennes confient leurs filles aux congrégations religieuses (garantissant leur sécurité et des repas équilibrés) dans la mesure des places d’accueil disponibles.

CONDITIONS DE VIE

Eau potable :
Plus de la moitié des villages ne dispose pas d’une alimentation en eau potable, soit à cause de panne des pompes (et parfois depuis plusieurs mois), soit par absence de puits. Les équipements ont été largement sous-dimensionnés et les installations effectuées avec des matériaux de qualité insuffisante.

Entretien des villages :
Comme pour l’entretien des écoles, faute de budget, les villages ne sont plus entretenus depuis plusieurs mois (chaque famille nettoie les abords de son carbet et utilise la méthode du brûlis pour se protéger des nuisibles). A tel point que dans la plupart des villages les hélicoptères ne peuvent plus atterrir, interdisant ainsi toute évacuation sanitaire d’urgence (ou toute intervention des forces de l’ordre).

Tourisme :
Devant la difficulté de faire venir les touristes en Guyane, les tour-opérateurs (avec le soutien du Secrétaire d’Etat au Tourisme) innovent en proposant de développer le tourisme en pays indien. Mais cette volonté fait fi de l’avis des populations amérindiennes. Pour ce qui concerne le Haut-Maroni, nous avons consulté les habitants des villages et leur réponse est sans équivoque : pas de touristes dans nos villages. Les principales raisons invoquées sont la préservation de leur intimité et de l’espace de vie ainsi que l’exploitation de leur image.

Parallèlement à cette position des villageois, nous pensons que, d’une part, la Guyane est suffisamment grande pour recréer ailleurs un fac-similé de village amérindien et que, d’autre part, les touristes ne sont pas informés sur la réalité locale : les tour-opérateurs montrent toujours des indiens en calimbé alors que ceux-ci ont tous opté pour le short, les risques sont très minimisés, alors que les accidents de pirogues ne sont pas rares (plusieurs noyades tous les ans), aucun traitement préventif contre le paludisme n’est réellement efficace (souche résistante aux prophylaxies actuelles), et que les évacuations sanitaires d’urgence sont très difficiles.

Vie sociale :
Le Haut-Maroni détient le triste record de suicides en France (tant chez les adolescents que chez les adultes). Leurs rapports difficiles avec l’administration, les multiples pressions (et manipulations) dont ils sont l’objet, l’absence de devenir, la déstructuration de leur société traditionnelle, une occidentalisation ethnocide sont les principales causes de leur démission.

Orpaillage :
- Les barges d’orpaillage sont de retour et sont pour l’instant au nombre de cinq. Le bruit incessant de deux d’entre elles devant Maripasoula ajoute une pollution sonore à la pollution fluviale. Bien qu’elles ne devraient être positionnées que sur la moitié surinamaise du Maroni (étant interdite côté français) elles exploitent le plus souvent sur la partie française en toute impunité et de surcroît devant le campement du détachement militaire. Avec le retour de la saison des pluies, d’autres barges arriveront probablement, aggravant la pollution déjà très importante des eaux fluviales.

- Les forces de l’ordre françaises dans le sud de la Guyane n’ont pas d’autre mission que d’être présentes, il leur est interdit d’intervenir. L’explication avancée pour justifier le retrait du poste de surveillance de la Gendarmerie à Kayodé sur la rivière Tampoc est la crainte de représailles de la part des orpailleurs à leur encontre. Il n’y a sur le site d’orpaillage de Dorlin qu’une douzaine de gendarmes pour 1500 orpailleurs. L’hélicoptère de l’armée fait régulièrement des rondes au-dessus de la forêt, mais sans réel impact dissuasif sur l’activité aurifère. Dans le même temps l’hélicoptère des orpailleurs ravitaille régulièrement en carburant les sites isolés illicites.

- Les opérations anaconda des forces de l’ordre dans le Haut-Maroni semblent des opérations surtout médiatiques et ne semblent avoir pour effet que de protéger les orpailleurs guyanais, même illicites. Ainsi, seuls les sites isolés des orpailleurs brésiliens sont visés. Quant aux brésiliens utilisés par des orpailleurs guyanais, ils sont le plus souvent en situation d’esclavage, d’où la révolte de certains qui engendre les répressions des milices de leurs employeurs.

- Devant l’inertie des autorités, on constate la multiplication des sites mobiles et une forte présence brésilienne dont la tranche d’âge correspond à celle des orpailleurs brésiliens chassés des sites illégaux de leur pays par la répression efficace de l’armée brésilienne.

- Dans la région du Tampoc, les potentats locaux de l’orpaillage sont installés à Degrad Roche et à Grigel sur la Waki (avec beaucoup de personnel brésilien car moins coûteux que les machines). Il est à noter aussi un site exploité par un amérindien entre Elahé et Kayodé (à Bostoc), lequel utilise des détecteurs. Il recrute en partie sa main d’œuvre auprès des jeunes dans les villages amérindiens.

Parc :
Avec la reprise du projet de Parc National reprennent les querelles de chapelles Etat - Région. Au-delà de l’intérêt environnemental incontesté du Parc, le véritable moteur des polémiques est la manne financière associée à ce projet : qui en aura la gestion ? Il serait intéressant de quantifier le gaspillage financier de ce projet depuis son lancement initial et d’imaginer combien d’équipements collectifs auraient pu être financés.

Pendant ce temps, les techniciens de la Mission Parc ont beaucoup de difficultés à travailler dans la sérénité et pourtant, ils ont déjà beaucoup plus fait pour les populations que les politiques locaux.

Problème foncier :
Une des craintes du projet de changement de statut de la Guyane, est le transfert du domaine de l’Etat aux collectivités locales. Cela aura pour principale conséquence la remise en cause de l’article R170-56 du Code du domaine de l’état dont le contenu visait à définir les espaces domaniaux assortis de droits d’usage collectifs pour la pratique de la chasse, de la pêche et, d’une manière générale, pour l’exercice de toute activité nécessaire à la subsistance des communautés d’habitants tirant traditionnellement leurs moyens de subsistance de la forêt.

En résumé, une deuxième colonisation des espaces de vie des populations autochtones et des communautés traditionnelles se prépare, avec pour conséquence la remise en cause de tous leurs acquis et tous leurs droits.

CONCLUSION

Pour garantir un espoir de devenir aux populations autochtones, il est indispensable de définir une charte en 3 points :

- accorder la propriété collective aux populations autochtones et aux communautés traditionnelles de leurs zones de vie et de subsistances,

- maintenir le gel de l’ouverture du sud de la Guyane pendant une période de 30 ans,

- mettre en place un plan de rattrapage de la situation de sous-développement des amérindiens du sud (afin de leur donner les moyens de prendre en main leur avenir) portant sur :
            - la scolarité
            - la santé
            - le social.

Jean-Pierre Havard, Association SOLIDARITE GUYANE, novembre 2003.
wayateko@wanadoo.fr

www.solidarite-guyane.org 


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